Élévation

Personne ne pourrait imaginer que la simple ouverture de la porte du frigo est déjà un pas vers la liberté et le bien-être, même s’il en arrive à vouloir crier famine.
Ce frigo béant est la promesse d’un moment d’exception, bien que je n’en extirpe qu’un bout de fromage. J’ajoute à ma modeste trouvaille un peu de pain, emballe précautionneusement un reste de galette et vais remplir ma poche à eau.
Vous avez des doutes sur le moment exceptionnel ? Pas moi.
Dehors, tout est enveloppé dans la brume, l’humidité, laissant planer cette masse qui uniformise tout d’une façon grise.
En voyant tout ça, je me dis que c’est génial, que je vais être bien.
Non, je n’ai « vrillé » en ce début d’année en me réjouissant d’un temps terne, humide et mon bout de pain rassis. Je suis simplement impatiente de me mettre en route pour quitter ce niveau là, de me retrouver à l’opposé de tout ça.
Une fois de plus, c’est le luxe de vivre ici. Quand le brouillard nous habille, il suffit de monter pour se retrouver sans ce manteau humide, en plein soleil, au-dessus du gris.
ça ne se fait pas tout seul, ce n’est pas comme si je prenais un ascenseur pour m’élever au niveau supérieur, c’est bien mieux!
Il faut chausser ses skis ou ses raquettes et se mettre en route vers là haut.
Là, débute le bonheur qui va s’intensifier de pas en pas, au fur et à mesure que l’on s’élève.
Non seulement je vais arriver au soleil, mais en plus je me serai « nettoyée » en l’atteignant.
La neige n’est pas géniale mais qu’importe. Pourquoi vouloir plus alors que j’ai déjà énormément?
Je monte dans la forêt en laissant derrière moi ceux qui ont des obligations se faire croquer par le brouillard vorace.
Je monte seule avec mon « ombre ».
Je profite de sa présence car le temps qui passe n’a pas d’égalité entre celui des humains et celui des chiens.
Elle vieillit depuis quelques temps avec la même rapidité qu’elle a de monter encore devant moi. Il va falloir me résigner à la laisser à la maison et ça, c’est un terrible nuage sombre pour moi.
Son corps n’accepte plus « l’après ».
Tant qu’elle monte, qu’elle est dehors, qu’elle se roule dans la neige tout va bien, elle est emplie de vivacité, mais il ne faudrait jamais qu’elle s’arrête, qu’elle laisse ses muscles se refroidir car là, commence le combat pour pouvoir se relever, pour pouvoir avancer sans qu’elle soit tiraillée par la douleur de ses articulations.
Je regarde ce qu’elle devient et je regarde ce qu’il m’attend. Si c’est bien mon ombre, nous finirons bien de la même façon, même si ce n’est pas au même instant.
Je laisse ces pensées s’envoler et je reviens au présent, aux lieux.
Pour l’instant, nous ne sommes que toutes les deux et bien égoïstement, j’espère arriver plus haut dans cette même solitude, celle que j’aime tant, celle qui, d’une certaine façon me permet d’être accompagnée de plein de sensations, de sentiments.
Ce sera le cas ce jour là, je n’ai croisé personne, j’ai pu regarder, marcher, tourner, avancer et revenir sur mes pas sans n’avoir personne pour se demander les raisons de ces agissements.
J’étais LIBRE.
Mon pain, mon bout de fromage et ma galette se sont transformés en véritable festin que j’ai pu savourer sur le seul bout de rocher émergeant de la neige, face à l’immensité, tout en ayant sur moi, le plus veillant des regards, celui de Louna.

 

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Quelques regards posés sur des détails que j’aime :

1- Envie d’aller voir

 

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2- Entre ombre et lumière

 

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3- Tavaillons

 

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4- Loquet d’antan

 

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5- Détails de taille

 

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6- Toujours mon ombre

 

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7- Quand l’enfer a son roc

 

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Allez, parce qu’on ne lit jamais trop les fleurs du mal, je remets une fois de plus ce poème de Baudelaire :

Elévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire – Les Fleurs du mal

 

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