L’appel de la grisaille

J’imagine que vous êtes tous dans l’attente du soleil, de sa douceur et des plaisirs des beaux jours et ce que je partage avec vous ici est bien loin de ça. Pas de lumière intense, de couleurs explosives, ni de chaleur, mais des instants qui font chauds au cœur, qui font du bien.
Ici, le printemps est différent selon l’altitude, les versants ou bien les vallées.
Je vous emmène une fois de plus là haut où le temps n’a pas la même notion qu’en bas où les saisons ne connaissent pas le calendrier.
J’aime les jours lumineux, bleus et ensoleillés avec une neige diamantée de toutes parts, mais que j’aime les jours gris.
J’ai la chance de savoir les percevoir comme écrin à couleurs, à trésors.
Dans l’ambiance grise, la moindre teinte prend une ampleur énorme.
Quand tout est coloré, lumineux, rien ne sort du lot, tout est beau;  mais à l’inverse, quand on se balade dans une ambiance laineuse, grise où tous les tons offerts à notre regard sont ceux du noir et blanc,  la petite teinte de couleur va devenir la reine des lieux.
Avancer dans le gris c’est la promesse d’un bon moment dans un monde où les sons sont feutrés, où les couleurs sont cachées.
On avance, vivant, dans la neige, pas après pas, en ayant comme compagne notre respiration qui rompt le silence.
Une feuille de hêtre accrochée à son rameau attire le regard, tout comme une baie de cynorhodon qui devient le rouge le plus intense que l’on puisse imaginer et la mésange à longue queue est plus belle que jamais en dame rose poudrée.
Combien de personnes ne se rendent pas compte que la grisaille est source à bonheur et non pas à morosité?
Ce matin là, nous sommes montés dans le gris, dans la solitude, se faisant happer par la forêt dans un monde de ouate vorace qui engloutit les jambes, qui inonde les épaules à chaque passage sous les sapins et qui nous transforme en pantin blanc désarticulé lorsque l’on tente de se remettre sur nos pieds, dignement, après une chute dans la pente.
Dans ces moments là, j’imagine combien la forêt doit rire. Peut-être que les arbres ne rient pas, mais moi, j’aime à penser le contraire. J’aime me dire qu’ils sont aussi moqueurs que moi et s’ils n’ont pas cette faculté là, alors je rectifie la chose en sachant me moquer de moi-même 😉
Grisaille, souvenez-vous de ce terme et voyez plutôt les trésors qu’elle nous offre et non pas ce qu’elle pourrait cacher…

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1- L’appel du gris

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2- Hêtre là

 

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3- Cupules libératrices

 

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4- Tapisserie naturelle

 

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Dans le gris du jour, l’amie avançait, cachée sous son manteau. Cette masse sombre et mouvante était la seule trace de vie visible dans cette immensité austère. Elle était la vie et la joie qui osait défier l’ambiance. Elle était l’ivresse de la vie.
A force de la suivre, cette ivresse là m’ouvrit les yeux : et si je me trompais, si je devais être comme l’amie dans le gris, heureuse et libre?
J’avais beaucoup à apprendre, mais j’avais la certitude que la clé était dans cette façon de vivre…

 

 

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elle avance
vorace d’instants
libre allant
la vie aimant
à croire que la bénédicité
l’eut effleurée au levant
loin des faits blessants.
croyance erronée
blessée et relevée
par la vie hissée
elle avance
vivante et chantante