Se voler dans les plumes

 

 

L’année dernière, je suis tombée sur un indice flagrant, un crottier rempli de petits « curly ».
Je suis le genre de femme à qui ce genre de découverte donne le sourire et emplit d’espoir 😉
Nonnn je ne m’ébahis pas devant les crottes, mais celles-là sont spéciales, car elles indiquent qu’une espèce vraiment particulière vit ici.
Quelque temps après, nous avons croisé furtivement un représentant de celle-ci, ce qui attisa mon désir de le connaître un peu mieux et de le rencontrer plus intimement.
Combien de fois, j’ai entendu parler de ses parades au moment de la reproduction.
Cet hiver, lorsque l’on retournait dans les parages, nous savions que nous étions chez lui, ce qui augmentait cette envie de rencontre.
Il y a peu de temps, nous sommes tombés sur des plumes et des traces dans la neige, ce qui, comme un livre ouvert, nous racontait un peu ce qui s’était passé en ces lieux.
La neige est un facteur  précieux puisqu’elle est comme un papier sur lequel est écrit bien des choses. Ce jour là, elle nous contait une partie de la vie de ce plateau.
Après lecture, nous savions que nous étions sur la place de chant, le lek. Lieu où le tétras lyre se réunit pour parader lors d’une compétition entre mâles.
Le tétras, celui appelé aussi coq de bruyère  venait de devenir « l’emplumé » de mes pensées.
Au printemps, avant de se reproduire, il entame une longue période de parade où il se pavane, les plumes gonflées, émettant des sons gutturaux, menant combat contre d’autres congénères, dans le but d’attirer les faveurs des femelles.
Le lek trouvé, il ne nous restait plus qu’à revenir sur place de nuit, et surtout à préparer notre approche pour en aucun cas ne les déranger.
C’est une population en perte de vitesse, menacée par de nombreux facteurs (dont l’augmentation de l’activité humaine en montagne l’hiver) ce qui fragilise l’équilibre vital de cette espèce.
Je fais partie de ceux qui peuvent déranger puisque je sillonne la montagne en toutes saisons. Ayant conscience de la chose, j’essaye d’être le moins perturbatrice possible.
Quelques jours ont passé avant de pouvoir retourner sur place.
Nous sommes en route pour assister à ces effusions de testostérone chez nos emplumés royaux.
Être positionnés, bien avant le lever du jour, moment où ils arrivent sur le lek, nous demandait soit de dormir sur place dans la tente, soit de se lever de nuit et de monter là haut à la frontale. La seconde option fut celle choisie. Le réveil sonna à 3h.
Il nous fallut donc monter en raquettes vers 1700m, de nuit afin de nous installer avant le lever du jour.
J’avais en moi le bonheur, ou devrais-je dire le « bonne heure » de se lever à 3h, de se demander si la rencontre aurait bien lieu et surtout si on ne dérangerait pas .
Nous voilà au parking où la neige encore bien présente, nous oblige à commencer notre montée en raquettes bien avant le départ habituel, mais quel plaisir d’avancer une fois que l’on a pris son rythme, dans cette nuit calme, à la frontale.
Il fait nuit noire, quelques étoiles parsèment le ciel. J’aime cette ambiance où seul le faisceau de nos lampes découvrent une portion de paysage, à nos pas. Bien que je connaisse l’accès à ce plateau, la nuit modifie les repères qui s’effacent ou qui se discernent avec parcimonie et je me retrouve là, à avancer ouvrant la nuit avec mon auréole lumineuse, en ayant un peu perdu la notion du temps. J’avance dans cette neige et dans mes pensées, en évitant de songer à la distance et à cette neige printanière qui ne facilite pas l’approche.
Je devine deux sapins, une croix et surtout, je sens la pression dans mes cuisses s’alléger. Nous arrivons sur le plateau.
Dans le silence, nous nous installons, en cachant tous signes de notre présence, dans l’attente de l’éventuel instant, prêts à patienter.
Nous n’aurons pas à attendre, à peine en place, il me semble entendre glousser et voir des ombres se mouvoir dans la nuit.
Ils sont bien là! Nous sommes arrivés juste à temps.
Depuis le temps que j’entendais parler de cette parade magique, j’y étais.
A moi, à nous, ce spectacle.
Gloussements, roucoulements, sauts, attaques et pavanements furent de la partie. 6 coqs se sont retrouvés face à nous, à se défier.
Nous n’avons pas vu le temps passer, absorbés par ce qui se jouait sous nos yeux. Le jour s’est invité à nos côtés. Nous étions les plus heureux du monde.
Dans l’aplomb d’une journée qui s’installe, un à un les coqs se sont envolés, laissant la place vide et calme, parsemée de quelques traces de leur passage et surtout laissant deux personnes heureuses d’avoir pu assister à ce spectacle.
J’avais une fois de plus à l’esprit la sensation d’être une privilégiée. Le calme qui régna ensuite eut un effet magique.
Je me suis retrouvée là, à replier les affaire, baignée dans le soleil sur un petit plateau solitaire, dans la neige, entourée de majestueuses montagnes.
Une fois de plus, je me rendais compte combien la vie était belle ou plutôt combien j’aimais œuvrer pour que la vie m’octroie ces moments si forts.

 

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Une semaine auparavant

 

 

1- La Plume

 

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2-Les 3 Plumes

 

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Le grand jour ou dans l’approche du jour

 

1- Les ombres de la nuit

 

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2- Tête à queue

 

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3-Intimidation

 

 

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4-Affirmation

 

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5-Riposte

 

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6- Parade ou fleurs de lotus

 

 

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7- Tu m’entends ?!!

 

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8-Panache

 

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9- Défi

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Proverbe Indien à méditer :

La terre n’est pas un don de nos parents,
ce sont nos enfants qui nous la prêtent.