Bain de Calme

 

N’est-ce pas dans l’ombre que la lumière prend toute sa dimension?
Je me rends compte que bon nombre de fois, je me retrouve à marcher à l’ombre, là où le soleil ne pointe guère ou pas du tout un rayon, alors qu’ailleurs il irradie puissamment.
J’aime sa chaleur, sa lumière, mais voilà, l’intimité de l’ombre m’attire.
Peut-être est-ce par ce que ces lieux sont confinés, peu fréquentés et que le côté inhospitalier a un effet inverse pour moi. J’aime avancer dans ce cocon sombre.
Le plaisir de marcher dans les parties chaudes, bénites par le soleil dans un paysage enneigé est vivifiant, puissant, offrant un plaisir intense, une joie exaltante, alors que de progresser dans l’ombre, dans la forêt fermée, est un plaisir plus profond, tout en délicatesse.
J’aime avancer, me laissant guider par la forêt. J’y suis merveilleusement bien, tout en sachant que je suis dans un monde à part où le respect est le maître mot des lieux.
Les passages sont parfois surprenants et il n’est pas rare que je me retrouve à terre, les genoux dans la neige, pour pouvoir passer sous les tunnels de branches que la neige couche au ras du sol. Un instant d’inattention ou dans la faiblesse d’une contorsion sous les arbres aura le don de me donner un bain de neige si mon sac à dos accroche une branche. L’effet est immédiat comme dans un éclat de rire incontrôlé, l’arbre déverse la neige accumulée sur ses branches, en se regonflant par saccades, léger, sans ce poids qui le courbait et certainement, avec une dose d’humour vis à vis de moi, à qui il ne reste plus qu’à se secouer pour tenter de dégager cette couche de neige reçue de façon si soudaine.
Là encore, dans ce monde, la respiration a son importance. Non pas pour vivre de façon instinctive, mais pour savoir vivre.
J’aime m’arrêter alors que je suis seule, loin de toute source dérangeante et me baigner de l’atmosphère, pour respirer le lieu en prenant conscience de l’existence même.
Ce jour là, tout était confiné, enveloppé par la neige, sous le couvert des arbres, protégé du vent. L’ombre offrait une lumière douce, il n’y avait pas de grands espaces, j’étais comme dans un cocon. Respirer l’instant, le lieu, est comme s’imprégner de cette vie qui y siège, qui s’y déroule. Inspirer à cet instant, en ayant conscience d’être dans un lieu actif, vivant, c’est respirer bien plus qu’une bouffée d’air; c’est nourrir son corps, et chose toute aussi importante, c’est nourrir son esprit, grandir son être.
Que serait le corps sans l’esprit, sans ce mental qui est en quelque sorte, notre guide?
C’est donc rassasiée de vie que j’ai continué mon avancée, emplie du bonheur simple d’aimer vivre, mon ombre sur mes talons.
J’ai besoin d’aimer vivre pour savoir aimer les autres, et pour savoir aimer, j’ai besoin de ces doses de solitude naturelle, de cette force qui m’irrigue.
Aujourd’hui, je sais être 🙂

 

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1- Seul parmi les autres. La beauté de la différence

 

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2- Chemin de l’ailleurs

 

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3- Lueurs

 

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4- Oppositions

 

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5- Couleurs du soir

 

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6-Pointe de lumière

 

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7-Fenêtre sur…

 

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8-Couleurs

 

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9- Salutations tardives

 

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10- Ombre et lumière

 

 

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Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun. Mais tant que l’individu cherche à l’extérieur celui qui le complètera, qui répondra à ses manques, il ne pourra que nouer des relations intéressées ou précaires, il fera un mariage bancal. Lorsqu’il s’est mis au monde, lorsqu’il se sait entier, il envisage avec les autres des liens sous le signe de la liberté et de la gratuité. On ne veut posséder l’autre que si soi-même on se sent incomplet.

L’esprit de solitude, Jacqueline Kelen

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