Regards posés

 

Sans le savoir, on passe souvent à côté de beaucoup de choses, notre regard se noyant dans la masse. Regard qui voit mais qui ne sait pas regarder.
Assise dans la neige, un peu plus haut, je regardais, j’écoutais.
D’un même endroit, en peu de temps, j’eus droit à quelques révélations, évidences qui auraient pu passer inaperçues si je n’avais pas pris le temps d’être à l’écoute.
Tant de choses se jouent autour de nous sans que l’on n’y prête attention.
Dans un premier temps, il y eut cette petite bille de neige. Partie de quelques grains de neige, elle fit son chemin, la pente l’aidant, mais ses espoirs de prendre de l’ampleur s’amenuisèrent rapidement.
Venant du sommet, petite, elle voulait tant atteindre le bas, énorme. Ses espoirs lui permirent de sortir du lot, de tracer une route dans une immensité blanche et chose qu’elle n’imagine certainement pas, lui permirent de changer le paysage, d’attirer mon regard et j’espère de charmer le votre. Elle ne sait pas combien cette petite trace laissée peut, à mes yeux, être belle. Si elle avait atteint le bas, je ne l’aurai pas vue, je n’aurai pas apprécié la finesse de son sillage.
Nul effort n’est vain car les conséquences ont toujours un rôle même si elles ne sont pas celles désirées par l’instigateur.
Cette petite bille est à la merci du soleil, à moins que la neige ne revienne et lui permette de devenir autre chose que la petite bille qui ne devint pas boule.
En quittant la bille de neige du regard, je vis l’ombre de l’arbre dans la brume qui, dix secondes auparavant, était l’ombre de l’arbre au soleil.  Elle dessinait la neige d’un graphisme que j’aime particulièrement.
Le soleil offre à l’arbre en hiver, le mouvement qui lui fait défaut depuis la dépose de ses feuilles. Sans son ombre, il ne lui reste que peu de possibilités de bouger alors qu’avec elle, il se déplace, épouse les courbes du sol et prend des formes qu’il n’aurait jamais imaginer.
L’ombre est son rayon de soleil.
Sachez écouter l’arbre et voir combien, les jours gris,  il espère l’oiseau qui viendra se poser sur ses fines branches pour le faire frémir, combien il espère la neige qui viendra, flocon par flocon, le gonfler, le parer des plus beaux atours. Sans ombre, sans feuille, il est seul.
Toujours assise au même endroit, mon regard se posa à nouveau sur la petite bille de neige au soleil et c’est là que mes yeux furent attirés sur ce qui m’attendait.
Face à moi, une vague, immense, haute, qui atteignait presque les sommets du fond et qui s’avançait sur moi… un tsunami de brouillard allait m’engloutir.
J’imaginais déjà le froid, l’air, la lumière qui allaient changer.
De l’extase, j’allais passer au désagréable.
La seule chose à faire pour repousser le désagréable était de remettre le blouson, les gants et ainsi armée, le brouillard n’aurait pas d’emprise sur moi.
Il dut voir qu’il ne pourrait m’atteindre comme il l’espérait et cette vague immense fut comme stoppée d’un coup. Il dut se dire que ça ne valait pas l’effort d’avancer et de tout engloutir si je me parais contre son attaque.
J’ai vivement apprécié ce renoncement et pus continuer à savourer la chaleur du soleil quand le chant d’un oiseau qui ne m’était pas familier attira mon attention.
Non seulement la mélodie était agréable, mais le visuel l’était également. Une boule de plumes colorée venait de se poser pour décorer un épicéa.
Là, je me dis que les sapins de Noël devaient envier ce dernier qui était beau d’une façon la plus naturelle possible et surtout vivant.
La nature a quand même le don de faire de belles choses et sans aucun artifice.
Loin des vitrines scintillantes, j’étais là, une fois de plus, où était ma place avec des étoiles plein les yeux, plein la tête.

 

 

1- Petite bille ne deviendra pas boule.

 

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2- Bille de neige

 

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3-L’ombre fraternelle

 

 

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4- Courrez !!!!! Tsunami. Attention à la vague

 

 

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5- Sapin de janvier.
Bouvreuil pivoine

 

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